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Dire un poème c’est aussi dire
le creux de la vague, la mer posthume
qui, à peine née, prodigieusement se retire
pour n’avoir pas à jouir des quatre vérités
dont se repaissent la vie et son écume

*

J’ai adopté et couvé ce mot : cosmopolite,
« o » sangsuel des suprêmes osmoses,
l’hospitalité offerte au pagure cénobite,
la pensée qui jusqu’au bout de l’infini
peut comme un roseau ronger son os

 * 

Eux encore au chaud dans le placard de l’enfance
laissez-les croire à l’essor des mots, aux nuques
que ne traverse pas la frayeur, une balle
perdue, laissez-les croire au pardon des offenses
dans la BD de Matthieu et de Luc

 * 

Plus personne à qui réclamer les trésors
jamais dilapidés, la noirceur des corbeaux
de papier, ô braderie d’un âge réfractaire
à l’art flamboyant de la mise au tombeau
et aux bacchanales de l’inventaire

 

              

 

En ce premier ou dernier jour du monde
la vie suinte par tous ses pores,
hölderlin s’est assis au bar de la rotonde
et d’un œil las observe la triviale métaphore :
une fenêtre éclatée, le garçon qui titube,
une jeune fille en string et lèvres tatouant de sang
la pomme vert paradis qu’elle mord
d’un air à la fois victorieux et lugubre,
hölderlin a plongé son œil dans le soir qui descend
sur les toits incendiés, sur les eaux rougies du port,
et ne sait plus s’il devrait s’esclaffer ou gémir,
un vieillard passe avec des yeux de poisson mort
et plus blanchi que le fantôme du roi lear,
cordélia s’est levée pour quitter sans remords
le premier ou dernier jour du monde,
ce qui survivra c’est ce que les poètes fondent


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