Qu’il fasse beau, qu’il fasse laid

 

QU’IL FASSE BEAU, QU’IL FASSE LAID

Quintils bancroches

Z4 éditions, 2020

 

200 pages

Prix : 16 Euros

COMMANDE

Placés sous le signe doublement instrumental de l’incipit du Neveu de Rameau, les quintils claudiquent prosodiquement dans une orchestration savante et tempérée, la mieux à même de tisser un rapport intime au monde, tout en invoquant les fantômes passés ou à venir – ressourcement erratique, poètes fraternels et rédempteurs, éclats de vie et mort incestueuses, insolubles corps-à-l’âme. Entre Espagnes et Russies anarcho-messianiques qui, comme Pío Baroja l’avait deviné, se rejoignent aux deux extrêmes du cosmos eurasien, irrationnel par définition, « source de toute distorsion poétique du réel ».

Trois modes de lecture possibles :

Horizontalement, les quintils des pages paires et impaires
se déchiffrant face à face comme dans un miroir.

Verticalement, les pages côté gauche,
thématiquement plus proches du vécu concret, de la « leçon de choses » ; les pages côté droit, sorte d’hommage à quelques-uns des poètes qui ont articulé l’existence de l’auteur.

Strophes saisies au hasard, sans exclure un exercice de virgilienne poémancie.

***

Extraits

 

Tu aurais tant aimé, Federico, vivre
dans la Grenade d’avant la Reconquista,
corps arabe, esprit juif, âme chrétienne,
trinité insolente et prodigue qui t’a
laissé seul une nuit de lune trop pleine

Les barbares demain dompteront l’arc-en-ciel,
racontars de boue, propos de comptoir,
en chacun il y a un Hérodote artificiel
et pourtant virtuose du boustrophédon ionien
qui aurait pu changer le sens de l’histoire

J’ai adopté et couvé ce mot : cosmopolite,
« o » sangsuel des suprêmes osmoses,
l’hospitalité offerte au pagure cénobite,
la pensée qui jusqu’au bout de l’infini
peut comme un roseau ronger son os

Revenir de la mort, il suffit de vouloir
tant il y a de récits d’une résurrection,
mais comment revenir de la vie
quand on s’est trompé de porte, de couloir
ou qu’on y est entré par stupide effraction

Le temps du poème ne peut pas être
un automne, une trêve, une nuit,
ni celui d’une brûlure à perpétuité,
qui donc es-tu, toi qui me pénètres
comme l’acte le plus farouchement gratuit

Aux ronds-points du hasard étant tombé
sur les truismes de l’Ecclésiaste,
avait-il songé, Pierre-Jean Jouve,
qu’ils pouvaient se lire comme le cadastre
d’un règne écartelé, désyllabé

Pour avoir joui et souffert comme un porc
Roger Gilbert-Lecomte connaissait bien
le plan divin qui fait craquer nos jointures,
l’âcre réalité suintant de nos pores
lorsque nous rêvons dans toutes les postures

 

***