Lessia Ukraïnka

LESSIA UKRAÏNKA (1871-1913)

La deuxième figure nationale de la littérature ukrainienne, après Chevtchenko. Peut-être en eut-elle le pressentiment lorsque la jeune Larissa Kossatch, atteinte de la tuberculose qui aurait raison d’elle, choisit pour pseudonyme le nom même de son peuple (ce qui justifie en français la graphie Ukraïnka, plutôt que la transcription strictement phonétique Oukraïnka). Elle fut même qualifiée de « Madone ukrainienne ». L’une des personnes les plus cultivées de son temps, elle savait une douzaine de langues et traduisit en ukrainien Heine, Musset, Hugo et d’autres. Tout en restant, comme son maître Chevtchenko, fidèle à la tradition orale, au folklore, elle ne manqua pas d’être influencée par les voix européennes, avant tout romantiques, et élargit ainsi l’horizon de la poésie ukrainienne pour la faire entrer de plain-pied dans le nouveau siècle.

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Хотіла б я піснею стати
У сюю хвилину ясну.
Щоб вільно по світі літати,
Щоб вітер розносив луну.

Щоб геть аж під яснії зорі
Полинути співом дзвінким,
Упасти на хвилі прозорі,
Буяти над морем хибким.

Лунали б тоді мої мрії
І щастя моє таємне,
Ясніші, ніж зорі яснії,
Гучніші, ніж море гучне.

Je voudrais être une chanson
En ce clair instant de fortune,
Pour voler comme un papillon,
Comme le vent chassant la lune.

Je volerais vers les étoiles,
Hantée de mélodies sonores,
Puis j’irais sur les flots sans voile
Moduler de nouveaux accords.

Et l’on verrait comme s’exhalent
Mes rêves et mes joies secrètes,
Plus lumineux que les étoiles,
Plus puissants qu’une mer défaite.

 

***

Lorsqu’il m’arrivait de chuter
Au temps lointain de mon enfance,
Bien qu’aiguillonnée de douleur
Je me levais sans doléance.

« Tu as mal ? » me demandait-on,
Mais moi je n’avouais jamais…
Étant une gosse très fière,
Pour ne pas pleurer je riais.

Maintenant qu’en farce cruelle
Va s’achever pour moi le drame,
Et que déjà pourraient jaillir
Les plus méchantes épigrammes,

Du rire, cette arme féroce,
Je redoute de me servir,
Et, bien enterrée ma fierté,
Je sanglote pour ne pas rire.

1897